RadicalHystery septembre 01

LES THUGS « Radical Hystery »

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Surgis de nulle part au beau milieu de l’hiver 85, les Thugs ont mis tout le monde d’accord avec un single supersonique qui, près de vingt ans plus tard, n’a rien perdu de sa verdeur. Première victoire! Servant illico de trait d’union conciliateur entre deux chapelles, Gougnaf et Closer, qui s’adressaient à peine la parole. Seconde victoire!! Et si peu de groupes, en France a tout le moins, parviennent d’emblée a quelque chose d’aussi abouti, on comprit vite que chez eux, ça dépassait largement le strict cadre musical pour nourrir un univers facilement identifiable ou l’on devinait colère froide et frustration, ou derrière ce noir et blanc glaçant et ces photos mal définies, il y avait aussi cette délectation viscérale à faire le plus de boucan possible comme pour se noyer dans le tumulte et oublier, à chaque concert, les frontières encore trop palpables de la vraie vie.

Les Thugs n’ont jamais joué de façon convenable, mais bien au-delà de ça, confiant au va-et-vient maniaque des mediators la raison d’être de leur musique. D’ailleurs pour que le message soit encore plus clair, au dos de « Radical Hystery », Thierry, l’habituelle rythmique, tient, sans forfanterie particulière, une lourde tronçonneuse pendue au bout du bras droit. Faisant peut-être perdre de vue un aspect du groupe trop rarement mis en lumière, le simple fait que ces quatre-là furent de fameux mélodistes. Parce que, si faire le plus de barouf possible est à la portée de n’importe quel gamin doté de quelques économies et d’un compteur EDF placé au bon endroit, il en va tout autrement quand il s’agit d’écrire des titres qui tiennent la route. Fut-elle fermée !

La vraie nature du groupe est sans doute là, dans cette capacité spontanée à faire se marier la férocité des guitares avec des lignes mélodiques a l’évidente force d’attraction.

Et si, les années passant, « Night Dance » demeure un de mes simples favoris de tous les temps, « Femme Fatale », « Never get older » ou « Where is the party » ont aussi ce parfum touchant du morceau qui, même dépouillé jusqu’à l’acoustique, garderait l’essentiel !

Les Thugs Radical Hystery

« Radical Hystery » est sorti en Février 86, soit, a quelques jours près, un an pile après le single atomique de Gougnaf. Chez Closer ce coup-ci, donnant aux Thugs l’occasion de rejoindre les Nomads au catalogue. Mais là où les Suédois, sur scène, se révélèrent studieux et empruntés, les Thugs, eux, lâchaient les gaz et la grande gageure de « Radical Hystery » fut, bien sûr, de restituer tout ça, sans perdre une miette du grabuge. Un studio 16 pistes, du côté de Rouen, fit l’affaire, où le groupe s’autoproduisit dans l’urgence, donnant l’occasion à Christophe, plus particulièrement chargé d’assembler les éclats, de peaufiner une méthode imparable, mur de guitares, martèlement de caisse claire et juste ce qu’il faut de reverbe pour faire trembler les vitres!

Volontairement sommaire, « Radical Hystery » confirmait que ces Angevins, décidément ne ressemblaient à personne, eux qui avaient réussi en un tour de main ce à quoi la plupart des groupes aspirent, être instantanément reconnaissable. Et puis « Radical Hystery », faisant suite à « Frenetic Dancing », et juste avant « Electric Troubles », c’est aussi cette litanie de titres survoltés, dont la teneur du message n’échappait à personne, donnant à leur anglais des airs d’espéranto ! Qui d’autre alors aurait pu se permettre un contre-pied aussi décalé que « Le Schpountz » où, derrière le clin d’œil au simplet joué par Fernandel, on perçoit une vraie tendresse pour tous les déclassés. Et ce ping-pong verbal entre anglais et français, ils le pratiquaient depuis toujours, à preuve, dans les bonus ce « Black et Noir » datant de 84, instrumental un peu scolaire, indicatif de ce qui est alors une émission de radio avant de devenir magasin de disques et label. Le reste est du même tonneau, entre genèse et éruption live ou studio fait main, que symbolise le fulgurant « You say why » sommet de jubilatoire sauvagerie. Ouvrant grande la route à quinze ans d’incessantes tournées, qu’accompagnera une discographie sans failles, aux bons soins de labels forçant le respect, Bondage, Vinyl Solution, Glitterhouse, Sub Pop. Quinze ans d’une guérilla électrique ou chaque poussée du groupe, chaque concert devant des salles combles nous vengeaient un peu d’autres combats perdus d’avance! (Alain Feydri, 2004)

Tracklisting RADICAL HYSTERY :
1- Never Get Older (Les Thugs I) 2’45
2- Le Schpountz (Les Thugs I) 2’08
3- Road Closed (Les Thugs I) 3’36
4- I’m So Bad (Les Thugs I) 2’31
5- Mad Train (Les Thugs I) 2’52
6- Where Is The Party ? (Les Thugs I) 3’22
7- Lost Fight (Les Thugs I) 2’18
8- Without Annie (Les Thugs I) 1’16

Bonus Tracks (Réédition CD Inventaire)
9- Sunday Time (Les Thugs I) 4’38
10- Night Dance (Les Thugs I) 2’58
11- Femme fatale (Les Thugs I) 2’54
12- Emotion (Les Thugs I) 2’52
13- You Say Why (Les Thugs l) 2’43
14- Annie (live) (Les Thugs l) 4’11
15- Without Annie (live) (Les Thugs l) 1’26
16- You say Why (live) (Les Thugs l) 2’47
17- Stop and go (live) (Les Thugs l) 1’02
18- Come On (live) (Les Thugs l) 4’26
19- Black & Noir (Les Thugs l) 2’28

Enregistré près de Rouen en Janvier 1986 en 10 jours sur 16 pistes. Prise de son FRANZ DAMAME. Production LES THUGS.


Extraits de chroniques RADICAL HYSTERY :

« Je renonce d’entrée à chercher pour tous les morceaux un qualificatif différent choisi dans le registre de la furie. Les voici tous en vrac qu’on n’en parle plus : « Ça ronfle et ça tonne et c’est tapageur, tonitruant, furieux, bouillant assourdissant, impétueux… »
— Nineteen #19, 1986

« Violence. Mélodie. Kris de guerre. Chœurs : la la la Guitares = tronçonneuses. Batterie : mitraillette. Basse : Explosion. Son en béton : mélange kaverneux de saturation et de réverbe. Pochette brutale et sobre. 8 titres. 8 meutres. Un album : une tuerie »
— Bruits & Graffittis #17, 1986

« Des guitares ? Y’en a sur ce putain de disque ! C’est l’enfer, la folie ! On croit rêver : on avait plus l’habitude d’entendre un son pareil ! »
— Rock Hardi n°10, 1986

« Premier album et on perd ses mots pour décrire l’extrémisme de cet album. Tout de ce disque inspire la furie »
— Comme Un Boomerang #2, 1986 (CANADA)