Les Thugs Nineteen Something octobre 05

LES THUGS « Nineteen Something »

bandeau-écouter-Spotify  bandeau-écouter-Deezer    bandeau-acheter-itunes

A peine « Strike », leur album précédent, dans les bacs qu’Eric Sourice admettait vouloir passer à autre chose. Comme pour oublier et mettre de côté cet enregistrement aux côtés de Steve Albini. En 96, le moral ne semblait pas au beau fixe pour les Thugs. Au vu de la baisse de leurs ventes de disques, du changement du goût du public qui délaissait petit à petit les bonnes vieilles guitares meurtries par les coups de médiator au profit des musiques électroniques, on parlait de la fin des Thugs. Les rumeurs ont commencé à circuler après la tournée qui suivit, loin des périples marathoniens auxquels nous avait habitué le groupe. Pourtant, une fois de plus, la vérité était ailleurs. Alors qu’on était prêt à les enterrer, Les Thugs s’offraient une cure de jouvence. Ils se réconciliaient avec leur ardeur juvénile en écrivant « Nineteen Something ». L’album fit musicalement l’unanimité au sein du groupe. « Nineteen Something » restera comme le disque pop des Thugs.

Deux ans après « Strike », les Thugs retrouvent le studio Black Box, aménagé dans une ferme de Noyant-La-Gravoyère, à 50 kilomètres d’Angers, par Iain Burgess avec qui ils avaient enregistré « Still Hangry ». Les Français font à nouveau jouer leur connexion Seattle et envoient un billet d’avion à Kurt Bloch, déjà à la console pour « As Happy As Possible ». La première fois, Bloch fut conseillé par l’équipe de Sub Pop alors que les Angevins cherchaient quelqu’un pour épauler Christophe Sourice, jusqu’ici producteur du groupe. Kurt Bloch est déjà renommé à Seattle pour avoir bossé avec Mudhoney et Tad, et pour être le leader de The Fastbacks. On l’a retrouvé récemment aux manettes pour les Supersuckers et Nashville Pussy. « Nineteen Something » demeure un des meilleurs souvenirs de studio des Thugs. Comme à leur habitude, dix jours suffisent pour mettre treize titres en boîte. Avec les Thugs, pas d’histoire de caprices. Mentalité punk oblige, on se branche et on joue sans chichis ni tromperie. À la manière des Ramones. Dix jours leur laissent même le temps de s’amuser avec les arrangements (les synthés de « Side By Side »).

La valse des labels se poursuivant, les Thugs quittent Roadrunner et produisent eux-mêmes « Nineteen Something » pour leur structure Frenetic Dancing, avant de le sortir en licence chez Labels, un sous-label de Virgin, et chez Sub Pop pour les Etats Unis. Moins urgent, plus réfléchi, ce disque permet au groupe de négocier un nouveau virage. Tout en conservant la marque éternelle des Thugs, les formats courts découennés de tout élément superflu, le quatuor se montre plus serein et chantant. « Nineteen Something » redéfinit un nouvel équilibre entre force et mélodie. Les Thugs montrent qu’ils résistent à tout et savent à la fois exciter et émouvoir. « Henry’s Back » rappelle leurs racines rock’n’roll tandis que « Side By Side » est viral et que « I Was Dreaming » témoigne d’une sensibilité pop inédite. Dans leur style, les Thugs n’ont pas de concurrent. Les ruades rythmiques ne sont pas oubliées, ni ce spleen hypnotique qui leur est propre. Sur l’avant-dernier morceau du disque, « Magic Hour », les Thugs se permettent même de s’aventurer sur des durées plus longues en dépassant les six minutes. Même s’ils continuent à clamer que l’anglais est la langue du rock, l’envie leur prend de s’essayer à un titre en français. « Les Lendemains qui chantent » reste une envie d’Eric, influencé par Dominique A.

Les Thugs Nineteen Something

Les Thugs montrent qu’ils vieillissent avec crédibilité et grâce. Voir qu’ils ont su effacer leurs rides et retrouver leurs jambes de gamins de 19 ans. « Never Work Anymore » gambade sous ses airs d’hymne générationnel. « Nineteen Something », au-delà de son constat social, aurait pu être un constat humain. Les Thugs restent d’éternels adolescents derrière leurs fringues trop grandes, leurs converses usées. A croire que le poids des années n’a aucun impact sur eux. La jeunesse est un état d’esprit, dit-on. Les Thugs tricotent leurs mélodies avec amour et ressortent diplômés avec mention de la science des trois accords. Ils leur auront consacré seize ans de leurs vies, les poussant à cracher leurs secrets, qu’ils conduisent au pogo, au spleen ou au refrain fédérateur. Les Thugs ont une facilité pour dénicher ces tubes qui rythment nos vies. Les tubes dont on parle ne sont pas choisis par les programmateurs de radio ou imposés sur les ondes en échange d’encarts publicitaires. Non, ceux-là nous touchent droit au coeur à un moment donné de nos vies. Ils nous accompagnent un bout de chemin et deviennent des classiques de notre existence.

Comme pour les autres albums, la pochette de « Nineteen Something » est conçue par Christophe, qui utilise de vieilles photos empruntées à Paris Match. Les pochettes des Thugs évoquent des tranches de vie. Celle de « Nineteen Something » fait référence à la manifestation d’octobre 61 à Paris, qui s’est soldée par la mort de dizaines d’Algériens alors que le préfet de l’époque s’appelait Maurice Papon. Trois ans avant l’an 2000, l’album s’inscrit comme un constat sur cette fin de siècle. L’engagement des Thugs est intelligent, loin des slogans tapageurs. Le travail, la grève, l’amour reviennent de façon récurrente chez eux. Le groupe s’amuse du contraste entre des titres optimistes et des textes à l’opposé. « Nous sommes des pessimistes combattifs », expliquent-ils. « Aussi heureux que possible dans ce monde de merde », chantent-ils d’une certaine manière.

Malgré les qualités de « Nineteen Something », la popularité des Thugs ne redécolle pas. Les ventes ne dépassent pas les 10.000. On est loin des 40.000 ventes mondiales de « I.A.B.F » et « As Happy As Possible ». « Nineteen Something » est le dernier disque en distribution chez Sub Pop pour les US et les sorties européennes sont annulées, l’exclusivité appartenant à Virgin qui se garde le droit de toute décision. L’heure de la fusion métal, des raves, du ska festif,… arrive à grands pas, et Black et Noir, le label, est le premier à déposer les armes avant que le magasin ne suive quelques années plus tard. Mais l’héritage est là. Je me souviens de Marsu ravi de revoir les Thugs sur son catalogue. Les Thugs sont peut-être morts pauvres mais nous en sommes sortis riches. On ne leur dira jamais assez merci.  (Olivier Portnoi, 2004)

Tracklisting NINETEEN SOMETHING :
01- Henry’s Back    03’01
02- Side by Side    04’09
03- I Was Dreaming    03’44
04- Les Lendemains Qui Chantent    02’32
05- Never Work Anymore    02’13
06- Take Me Away    03’48
07- Defeated    05’25
08- Ya Basta    01’55
09- A Chance    02’24
10- Il Gruppeto    01’38
11- While I’m Waiting    03’14
12- Magic Hour    06’53
13- Soon    02’19

Bonus Tracks (réédition CD Inventaire)
14- Nineteen something    04’13
15- New centurions    05’50
16- Yougoslavia    05’11

NINETEEN SOMETHING et le morceau « Nineteen Something » ont été enregistrés par Kurt BLOCH au studio Black Box à Noyant la Gravoyère en Juin 1997. Il est sorti sur Labels en octobre 1997.

”New Centurions”, sorti sur un split 45t avec SALARYMAN, est un morceau de SALARYMAN enregistré au studio Black Box par Peter DEIMEL

”Yougoslavia” a été enregistré en Janvier 1997 par TECH

 

Extrait de chronique de Nineteen Something :
« Bien sûr, les fans purs et durs y retrouveront les morceaux à la Thugs qui parsèment la discographie du groupe,c’est-à-dire du hardcore mélodique comme Never Work Anymore. Mais Les Thugs évoluant à leur propre rythme, le plus intéressant ici sont les morceaux où ils osent sortir un peu du moule, aussi bon soit-il, ce qui donne souvent de saisissants moments. »
— Philippe Morrison, Magic #17, 1997

« Blanche sans être livide, dure sans jouer les prolongations ados, la musique des Thugs s’enrichit d’étape en étape. Jamais elle n’oublie sa fonction de générateur rock’n’roll haute tension, mais ne laisse à aucun moment ses bielles tourner dans le vide ou le radotage. »
— Jean-Luc Manet, Les Inrockuptibles, 1997