MAD MONSTER PARTY

Sur fond sépia, le docteur Frankenstein s’affaire à insuffler la vie à sa monstrueuse créature en lui administrant une violente décharge électrique volée à la colère des cieux. Ça, c’est la pochette. À l’intérieur, c’est une machine infernale qu’engendre cette même énergie : Uneasy Feeling, enregistré par Jean-Marc Sigrist et produit par Christophe Sourice au Chalet (Bordeaux). Nous sommes au printemps 1990 et c’est avec ce single que ceux qui n’ont pas encore eu la chance de les voir sur scène découvrent Mad Monster Party.

Ceux-là auront encore trois ans pour assister de visu à l’ouragan : au cœur du cyclone, Lorenzo Vischetti envoie dans le micro tout ce qu’il a dans le ventre, de la rage la plus brute à une subtile noirceur en passant par quelque chose de vaguement incantatoire. Jusqu’au dernier centimètre cube d’oxygène. Et tandis que sa guitare oscille entre riffs ramonesques et sons venus d’ailleurs, celle de Jean-Charles Rémy s’évade à chaque occasion de ses imparables salves de barrés pour tricoter de la dentelle radioactive. Pendant ce temps, en appui sur l’horlogerie musclée de Pascal Tess — un batteur qui tape fort, très fort —, la basse de Michel Toledo tourne comme un putain de moulin emballé sans jamais négliger ses devoirs mélodiques. Une machine infernale, on vous dit !

Le 45 Tours susnommé ayant déjà capturé avec brio l’avalanche de puissance que le combo déverse régulièrement sur les clubs de France et d’ailleurs, un album s’avère bientôt nécessaire pour en explorer les nuances.

Enregistré en septembre 1990 par Steve Whitfield au Beaumont Street Studio (Huddersfield/UK), Ten Lovers est, lui aussi, produit par Christophe Sourice. On y entre d’emblée dans le vif du sujet avec « Playtime », un morceau qui file comme un bolide sur une autoroute juste cirée, auquel succèdent « Never Try », « Ten Lovers in my Head » et « Onetwothreefour », petites bombes punkoïdes venant tour à tour prouver qu’il en restait pourtant sous la pédale question tempo. Et les titres s’enchaînent ainsi, claque après torgnole, bourre-pif après pancarte, pour finir sur l’envoûtant, voire obsédant, « Seven Rules ». Seul moment d’accalmie du LP : un « Out of Time » (rien à voir avec les Stones) qui, bien que plus mélancolique et posé que ses voisins, ne parvient pas à se tenir tranquille jusqu’à la dernière note. Dix pépites explosives dans un emballage à dominante bleue…

C’est, par contre, tout de jaune vêtu que sort l’album Wandering (1991), enregistré au Mad Monster Studio (Angoulême) et produit par le groupe, assisté d’un Lionnel qui préfère avoir deux « n » qu’un nom de famille. Une fois passé un « Sacrifice » à décorner les bœufs, un constat s’impose : sans pour autant s’assagir ou (encore moins) s’affaiblir, les titres qui composent ce deuxième opus ont perdu en vitesse ce qu’ils ont gagné en richesse et en tension maîtrisée. L’entêtant « Angela », par exemple, balance plus qu’il ne roule. Plus curieusement, l’inquiétant instrumental « Mad Genius Party » tient surtout son groove de la relative lenteur de son pas traînant de zombie. Petite exception, c’est en lui donnant un bon coup de fouet que « les Mad » – comme disent alors les initiés – s’approprient une friandise de 1967 : « Complicated » (tout à voir avec les Stones, cette fois). Au final, en révélant que le groupe est encore loin d’avoir exposé toutes ses facettes, ce passionnant second album éveille une furieuse envie d’entendre les suivants.

Mais les machines infernales sont par nature vouées à dérailler un jour ou l’autre. Souvent prématurément. Live fast, die young, peut-être. À quoi bon s’en désoler ? On sait bien que l’intérêt d’un voyage est plus rarement sa destination que le souvenir indélébile des rencontres et des paysages traversés. Et que sont ces enregistrements si ce n’est le carnet de bord d’un fabuleux périple en terres rock’n’rolliennes, hein ?

Sonic Mick

MAD MONSTER PARTY :
Voix – Guitare : Lorenzo Vischetti
Guitare : Jean-Charles Remy
Basse : Michel Toledo
Batterie : Pascal Tess

Discographie :
1990 : 45 tours « Uneasy Feeling » / « I Have Fun » (Black & Noir)
1990 : Ten Lovers (Black & Noir)
1991 : Wandering (Black & Noir)

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