Fixed Up « Vital Hours »

Quel que soit l’angle sous lequel je l’envisage, Vital Hours me remplit d’aise. D’un point de vue de consommateur, il répond à ce que l’amateur le plus exigeant pouvait attendre de ce deuxième album : une production compétente, un conditionnement soigné, et entre les deux, les trois Fixés qui s’agitent comme des beaux diables et se débrouillent comme des chefs au milieu des gros moyens (gros en regard de ce qui se pratique habituellement dans le rock français) mis en oeuvre cette fois-ci. Je mets l’aiguille au début de la face 1 et j’envoie la sauce. De gros flashes bien purple me sautent au nez. Première constatation : mes craintes de les voir équarris par les studios australiens se font toutes petites et vont se faire oublier en grommelant derrière la pile de vieilles colonnes rock de Libé qui traine dans le bas de la bibliothèque. Deuxième constatation, surprenante : ce premier morceau du disque ressemble peut-être plus à du Feelgood que tout ce que Fixed Up a sorti depuis « I’m So Glad To See You Go ». Pas le Doc efflanqué des années Wilko, plutôt que celui hargneux et sûr de lui de la période A Case Of The Shakes, drivé par Gypie Mayo et produit à l’énergie par Nick Lowe. Je voudrais pas, encore qu’il n’y ait nulle honte, relancer dans les pattes des Fixés une comparaison que tous les feignants leur ont collée sur les reins pendant trop longtemps (qui plus est, c’est juste ce morceau-là qui me donne une bouffée de réminiscences, le reste du disque ressemble autant à du Lee Brilleaux que Stéphane Saunier à Jake Riviera, ha, ha, ha !), mais c’est vrai qu’ils sont passés par là et que l’influence en question fait autant partie de leur identité que leur fascination plus récente pour une partie de ce qui se passe aux antipodes. En fait, c’est précisément cela que je trouve excitant chez Fixed Up aujourd’hui, cette façon d’accumuler les références dans un petit coin de leurs caboches de havrais (Feelgood, les sixties anglaises, le Detroit Sound revu et corrigé par l’Australie, même le passé punk de certains d’entre eux a laissé des traces) pour en tirer une musique qui ne ressemble à rien qu’à du Fixed Up.Fixed Up 3

Maintenant, quand on considère le truc dans le contexte du rock français d’hier et d’aujourd’hui, c’est plus seulement un très bon disque qu’on a entre les mains, c’est une fichue pierre d’angle, une galette qui va faire date. Même pour ceux qui n’accrochent pas plus que ça à ce qu’ils font, il y aura désormais un avant et un après Vital Hours. Quoi qu’on pense de l’album, voilà un groupe de ce pays qui a commencé comme n’importe quel combo de l’Hexagone, au ras des pissenlits, avec pour seul atout un manager têtu qui ne les a jamais laissés se complaire dans l’auto-indulgence et qui en quatre ans de travail ininterrompu sort, par ses propres moyens, un disque qui, considéré du point de vue des morceaux, de la production, de la pochette, de la pochette intérieure, n’a rien à envier à personne. Avant eux des Bijou, Dogs, Little Bob avaient déjà sorti des disques ronflants, mais il semblait bien que pour en arriver là l’aval financier d’un gros label était indispensable. Les Fixed Up prouvent aujourd’hui le contraire. Le désintérêt du bizness pour le rock français et le manque d’argent qui affecte la scène ne sont plus désormais que des mauvaises excuses. Vital Hours a monté la barre d’un cran : il n’y aura pas de retour en arrière.

Pour en revenir à Fixed Up, il va maintenant être intéressant d’observer la façon dont le groupe va enchainer sur l’étape suivante. Maintenant qu’ils sont allés jusqu’au bout de leur ambition maintenant qu’ils n’ont plus rien à prouver, ni à eux, ni aux autres, maintenant qu’ils ont les coudées franches, comment vont-ils tirer partie de cette liberté nouvelle ? Réponse au troisième album.

— Benoit BINET,
Nineteen N°19, Mars 1987

 

Vital Hours
1- Purple Flashes
2- My Love For You
3- What’s The News Today ?
4- Between Her hands
5- Speed Ahead
6- The Limit Of A Legend
7- One Night Stand
8- Taste Of Love
9- Physical World
10- Have You Ever Felt The Creeping Fear
11- Red Hot
12- Teenage Power

Enregistré en Australie en 12 jours en août 1986. Produit par Jim Dickson et Rob Younger.
Sorti initialement en LP vinyle en février 1987 sur le label Closer Rds.

Disponible en digital sur les plateformes officielles de streaming et de téléchargement dès le 04/05/2018.